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Puisque ici-bas toute âme
Donne à quelqu'un
Sa musique, sa flamme,
Où son parfum;
Puisque ici toute chose
Donne toujours
Son épine ou sa rose
A ses amours;
Puisqu'avril donne aux chênes
Un bruit charmant;
Que la nuit donne aux peines
L'oubli dormant;
Puisque l'air à la branche
Donne l'oiseau;
Que l'aube à la pervenche
Donne un peu d'eau;
Puisque, lorsqu'elle arrive
S'y reposer,
L'onde amère à la rive
Donne un baiser;
Je te donne, à cette heure,
Penché sur toi,
La chose la meilleure
Que j'aie en moi !
Reçois donc ma pensée,
Triste d'ailleurs,
Qui, comme une rosée,
T'arrives en pleurs !
Reçois mes voeux sans nombre,
O mes amours !
Reçois la flamme ou l'ombre
De tous mes jours !
Mes transports pleins d'ivresses,
Purs de soupçons,
Et toutes les caresses
De mes chansons !
Mon esprit qui sans voile
Vogue au hasard
Et qui n'a pour étoile
Que ton regard !

Victor Hugo (1802-1885)
le poète et Juliette Drouet se rencontrent et s'aiment en 1833, cet amour tumultueux, durera 50 ans. Ce poème est un juste équilibre entre "donner" et "recevoir", un hymne léger du don de soi.


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